La France, pays des Droits de l’Homme et de la Révolution (celle du peuple de 1789), sous l’impulsion enthousiaste de son Président, reçoit en grande pompe le chef de l’Etat Libyen. Chef d’orchestre du terrorisme dans les années 80-90, preneur d’otages international, responsable récemment des tortures subies par des infirmières bulgares, maître absolu d’un pays où les Droits de l’Homme sont bafoués, le « Guide de la révolution », comme il s’est surnommé, sera reçu avec l'apparat réservé aux grandes personnalités. Voilà un moment, que j'estime indigne de notre pays et qui oscillera entre folklore (le colonel Kadhafi résidera dans une tente bédouine plantée dans le parc de la résidence officielle de l’hôtel Marigny) et affronts à notre histoire et nos valeurs (réception à l’Assemblée Nationale, passage sur la tombe du Général de Gaulle, etc.).

Pourtant rien n’oblige la France à montrer tant d’empressement à recevoir un homme dont la démocratie et la liberté sont le dernier des soucis. Car si normaliser les relations avec l’Etat Libyen est une chose (ce que font la Grande-Bretagne, l’Italie ou les Etats-Unis mais avec précaution et distance) recevoir son chef d’Etat en grande pompe en est une autre.

Commanditaire de nombreux attentats, Kadhafi devrait s’entretenir trois fois avec le Président qui sacrifiera les valeurs françaises sur l’autel du profit économique. Car si le Président s’approprie la signature de contrats commerciaux lors de visites officielles, il semble occulter les valeurs démocratiques françaises. Tandis qu’il continue sa politique business ou realpolitik, les plus grands dictateurs semblent choisir - ou se voir offrir - notre pays comme une terre de "blanchiment démocratique".

Tout cela m’interroge sur les finalités de l’action présidentielle, n’y a t-il pas là un décalage entre les actes d’aujourd’hui et les promesses d’hier ? Le temps n’est pas si loin où Nicolas Sarkozy avait émis le souhait que la lettre de Guy Moquet soit lue par tous les jeunes français, symbole de la résistance à l’oppression et la tyrannie… Le temps n’est pas si loin où Nicolas Sarkozy promettait une France ambassadrice de la liberté et des Droits de l’Homme…

Quant à sa secrétaire d’Etat chargée des Affaires étrangères et des Droits de l’Homme, qui s’offusque elle-même de l’attitude de son Président (et je n'ose pas remettre en cause l’honnêteté de sa parole), je m’interroge sur sa soudaine liberté d’expression alors qu'elle était condamnée à résidence et au silence lors du déplacement en Chine…