Rappelons nous, après les événements dramatiques intervenus à Chicago le 1er mai 1886, c’est à Fourmies dans le Nord qu’une nouvelle manifestation des travailleurs pour réclamer la journée de huit heures tourne, elle aussi, au drame. Plus de dix morts dont des femmes et des enfants.

C’est donc à partir de cette date que le Premier Mai s’enracine dans la culture de gauche et du mouvement ouvrier comme un moment essentiel de revendication. Il ne concerne bien sûr plus aujourd’hui la journée de 8 heures mais les défilés qui seront organisés à cette occasion, partout en France, continuent néanmoins à porter les revendications des organisations syndicales et du monde du travail. (Lien vers le site hérodote.net qui reprend l'histoire du Premier Mai)

En 2010, on pourrait penser que ces combats politiques et syndicaux sont dépassés.

Or, il n’en est rien.

Combien de mouvements a-t-on vu se développer dans notre pays, dans notre région depuis quelques années, par des salariés soucieux avant tout de défendre leur emploi, leur famille et leur outil de travail ? Combien de licenciements injustes voit-on se produire par des entreprises qui affichent des bénéfices plus que confortables ? L'exemple de Total et de la Raffinerie des Flandres n'en est que le plus récent exemple.

Combien d’atteintes au droits sociaux, au droit du travail ont été commis par la droite depuis 2002 ? Combien d’acquis sociaux, héritiers directs de la lutte des travailleurs depuis des décennies, ont été balayés d’un revers de main ou mis en cause gravement depuis que l’UMP est au pouvoir ?

Cette manifestation du Premier Mai, fêtes des travailleurs, est aujourd’hui plus que d’actualité étant donnée la politique de constante casse sociale menée par le président de la République et la droite.

Le débat national concerne aujourd’hui les retraites, leur avenir et leurs financements. Les projets du gouvernement semblent remettrent sérieusement en cause des acquis sociaux fondamentaux. On ne peut l’accepter sans contrepartie.

Il est clair que des mesures doivent être prises pour résoudre ce problème qui devient de plus en plus crucial. Mais plutôt que de chercher à entamer le Fond de réserve des retraites crée par le gouvernement socialiste de Lionel Jospin en 1997 ou à penser d’ores et déjà à allonger, sans réflexion ni étude au cas par cas (en raison de pénibilité par exemple...) la durée de cotisation, il faudrait taxer davantage les plus riches (ceux qui profitent du bouclier fiscal, notamment), les bénéfices de ceux qui ne font que spéculer et s’enrichissent finalement sur notre dos, réfléchir à la fameuse taxe sur les transactions financières (taxe Tobin)…

Si le Premier ministre se donne des allures d'acteur social responsable en clamant à qui veut l'entendre que le secret de la réussite européenne passe par une uniformisation sociale, qu'on ne s'y trompe pas... Il ne songe pas à de nouveaux acquis sociaux mais plutôt à placer le monde du travail français au niveau des nations les moins "sociales" que ce soit en ce qui concerne l'âge de la retraite ou le temps de travail... L'art et la manière de briser de nouveaux acquis sociaux en faisant porter le chapeau à l'Europe...

Ce Premier Mai a donc une vraie importance politique et sociale. Nationale, bien sûr, mais aussi locale., Je penserai demain aux victimes de l’amiante qui sont si nombreuses dans l’agglomération dunkerquoise. Je penserai aux médaillés du travail qui méritent après des dizaines d’années de labeur les remerciements, l'hommage de la collectivité. Je penserai bien entendu aux ouvriers et salariés des industries qui souffrent, à commencer par ceux de Total et leurs sous-traitants qui ne savent pas encore, malgré les insistances générales, quelle sera l'alternative industrielle crédible à la potentielle fermeture de la Raffinerie des Flandres.

Je ne souhaite surtout pas que le Premier Mai tombe dans les oubliettes de l’histoire et espère que malgré les discours démagogiques, malgré les "désyndicalisations" et les individualismes qui s'exacerbent, il puisse demeurer un moment fort et privilégié de toutes les revendications du monde du travail.